Mon parcours : l’équivalence France-Québec

Bonjour à tous,

Je m’appelle Thomas et ce blog raconte mon parcours professionnel comme pharmacien français partant exercer au Québec. Je commente un peu l’actualité et je décris surtout le milieu de travail pharmaceutique, ainsi que le rôle plus évolué du pharmacien. Voici mon parcours et le déroulement de mon équivalence.

Tout d’abord, une brève introduction sur le Québec 

Le Canada est un état fédéral, de même que les États-Unis ou le Brésil. Plus précisément, le Canada est une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire. La Reine d’Angleterre est la reine du Canada. Cependant, le pays est autonome et le premier ministre du Canada dirige la politique du pays.

C’est donc un état fédéral, divisé en dix provinces et trois territoires fédéraux. La province du Québec n’est qu’une province parmi les 10 autres ! Le Québec est la seule province francophone. Les autres provinces sont théoriquement bilingues, en pratique anglophone totalement. N’essayez pas de parler français à Toronto ou à Vancouver. La capitale de la province de Québec est la ville de Québec. La capitale du Canada est Ottawa.

Le Québec n’est pas indépendant du reste du Canada ; l’état fédéral est responsable de l’armée, de l’assurance chômage, et de pleins d’autres secteurs. Le Québec a le pouvoir de légiférer dans plusieurs domaines comme l’administration publique, la santé et l’éducation. Donc la loi sur les professions de santé est propre au Québec. L’équivalence pour les pharmaciens français est propre au Québec. Tout ce que je raconte est propre au Québec. Il n’y a pas d’équivalence automatique si on a un permis au Québec et pour le reste du Canada car notre diplôme est à la base le diplôme français (et pas un diplôme québécois qui lui est reconnu par le Canada en général). De même, tout ce que je décris est valable pour la province du Québec, je ne connais absolument pas le reste du Canada.

Quelle est mon parcours ?

Diplômé en 2013 de la faculté de Pharmacie, j’ai d’abord été tenté par la pharmacie hospitalière. J’ai donc passé l’internat en 2010 et été classé en région parisienne. Des raisons personnelles m’ont conduit à interrompre cette formation pour revenir en officine en 2012 afin d’obtenir mon diplôme et d’immigrer au Québec. Comme je vais l’expliquer plus tard, la thèse d’exercice est obligatoire pour passer l’équivalence.

Je suis arrivé au Québec en août 2013, et j’ai obtenu mon permis d’exercice en mai 2014. Depuis, je suis pharmacien d’officine dans la ville de Montréal.

Comment fonctionne l’équivalence ?

Depuis 2010, un accord entre la France et le Québec a reconnu la formation de pharmacien entre les deux pays (enfin pays et province du Canada). Je vous invite à consulter le site de l’Ordre pour les informations précises :

http://www.opq.org/fr-CA/diplomes-hors-quebec/diplomes-de-la-france/

Tout d’abord, il faut avoir un visa qui permet de faire un stage au Canada et s’inscrire à l’université de Montréal. En effet, le processus d’examen ne nécessite aucun visa, mais le stage oui.. Dans mon cas ça été facile j’ai été parrainé par ma douce moitié et j’ai eu la résidence permanente du Canada en quelques mois. La résidence permanente n’est pas obligatoire mais c’est le visa le plus large ; cependant il est plus difficile et long à obtenir.

Ensuite, il faut être Docteur en Pharmacie (ou Pharmacien) en France, et être inscrit à l’ordre. Donc pas de thèse, pas le droit de faire l’équivalence. Puis il faut choisir parmi deux parcours :

  • Examen fédéral appelé BEPC (partie orale uniquement, appelée « examen d’aptitude »)
  • Cours de 2 ans de remise à niveau en pharmacie clinique et soins pharmaceutiques

Les jeunes sortis fraichement de l’université ont intérêt à prendre la première voie, à condition d’avoir une bonne expérience en officine. Car l’examen oral c’est un examen d’aptitude du pharmacien centré sur la pharmacie clinique. Cet examen est obligatoire pour tous les canadiens, sauf les québécois. Il y a une partie écrite et une partie orale.

Nous autres français n’avons que la partir orale à faire. Je ne peux malheureusement pas vous en parler précisément car j’ai signé un document attestant que je ne parlerai pas du contenu de mon examen. Je vous invite à consulter le site internet de l’organisme qui s’occupe de cet examen pour plus de détail.

http://www.pebc.ca/index.php/ci_id/3147/la_id/2.htm

Lisez les parties « À propos de la partie II » et « Se préparer à la partie II ». En gros, ce sont des ateliers pratiques de conseil au patient, d’analyse d’ordonnances, de vérification de piluliers, d’aide à  la prescription au médecin, etc. On a le droit à des ouvrages de référence. Ce n’est pas difficile, mais il y a des pièges. Les cas sont généralement simples (expliquer un traitement, orienter le patient vers un médecin s’il présente des signes d’alertes). Mais c’est très stressant et il faut bien se préparer. Sur leur site il y a des exemples de situations dans la partie « formulation des questions partie II ». Je vous cite le début :

« Formulation des questions – Partie II (ECOS)

La partie II de l’examen d’aptitude consiste en des simulations (« postes ») interactives et non interactives.

À chaque poste on vous demande d’exécuter une ou plusieurs tâches de courte durée comme :

  • conseiller ou répondre aux questions d’un « Patient normalisé » ou « Client normalisé »
  • entrer en interaction avec un « Patient normalisé », un « Client normalisé » ou un

« Professionnel de la santé normalisé » afin de résoudre un problème lié à la pharmacothérapieou d’ordre moral

  • répondre par écrit à un message ou une demande de renseignement ou de conseil
  • faire le triage ou l’évaluation de nouvelles prescriptions
  • faire la vérification de l’ordonnance préparée avant sa remise au patient.

On peut vous demander de choisir la meilleure option thérapeutique possible et de justifier votre choix. À titre d’exemple, dans une simulation où il est question de répondre à un patient qui demande de l’aide dans la sélection d’un médicament de vente libre pour soulager les symptômes du rhume, un nombre restreint de produits sera en étalage et il y aura une ou plusieurs options valables/non valables. Même si vous croyez qu’il en existe de meilleures, vous devez choisir la meilleure parmi celles qui sont offertes dans la simulation.

En toute situation, on s’attend à ce que vous fassiez montre de jugement professionnel et/ou moral et agissiez dans l’intérêt véritable du patient afin de lui dispenser de bons soins. Dans la plupart des cas, on vous demandera d’aider le client d’une manière quelconque, pendant sa présence au poste, et ne pas vous contenter de le diriger vers un autre professionnel de la santé ou de déclarer que vous allez le rappeler plus tard pour lui donner la réponse (mais vous pouvez orienter le patient ou offrir de le rappeler, en plus de lui apporter l’aide appropriée).» 

Ensuite, il y a un examen de loi sur le système de santé au Québec ; il peut être fait en parallèle, ce n’est pas compliqué, c’est un gros livre à lire et à répondre à des questions. Enfin, un stage de 600 heures en officine ou à l’hôpital, un rapport de stage, et c’est gagné.

Ce n’est pas compliqué mais c’est long !! Pourquoi ? Car il n’y a que 2 dates par an pour l’examen fédéral : mai et novembre. De même, il faut s’inscrire à une des 4 dates pour l’examen de loi du Québec.

  1. Demande de résidence permanente en octobre 2012
  2. Résidence permanente accordée en février 2013 (rapidité car j’ai été parrainé !! sinon c’est 1 an ou 2 parfois)
  3. Thèse d’exercice en mai 2013
  4. Envoi du dossier d’équivalence à l’ordre des pharmaciens du Québec en juin 2013
  5. Inscription à l’examen fédéral en juillet 2013 (date limite en août)
  6. Arrivée au Québec en août 2013
  7. Travail comme assistant technique pour observer d’août à fin décembre 2013
  8. Examen fédéral en novembre 2013
  9. Examen de loi du Québec en décembre 2013
  10. Résultats des deux examens fin décembre 2013
  11. Stage de janvier à fin avril 2014 (rémunéré dans mon cas)

N’oublions pas le prix ; environ 2500 dollars en tout ! Et c’est parce que j’ai tout réussi du premier coup. Chaque examen fédéral coûte 1500 dollars ! Et en cas d’échec il faut repayer la même somme.

Je ne parlerai pas de la formation de 2 ans en cas de trois échecs à l’examen fédéral ou en cas de choix direct de cette voie car je ne l’ai pas fait. Je sais juste qu’il y a un entretien avant d’être accepté à l’université pour faire cette voie. Et je rappelle que cette équivalence est valable au Québec, et pas dans le reste du Canada. Chaque province a ses particularités (et pas de reconnaissance mutuelle comme avec le Québec) !

Pour information, sachez qu’un pharmacien québécois n’a juste à faire que le stage de 6 mois pour avoir son équivalence. Doit-on comprendre que le travail de pharmacien en France est moins pris au sérieux ? Ou que nos compétences sont inférieures aux leurs ? Pourquoi doit-on se farcir un examen super compliqué ? Bref c’est un autre débat.

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